Pétrole : pourquoi la peur de la pénurie a disparu

ANNE FEITZ Le 20/02 à 13:18

 

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Dans son dernier « Statistical Review of World Energy » publié fin janvier, BP a évoqué, chiffres à l’appui, un « monde d’abondance pétrolière ». - Shutterstock

Faut-il s'inquiéter ? Alors que le niveau des nouvelles découvertes de pétrole et de gaz réalisées chaque année est devenu ridiculement bas , risque-t-on de manquer d'hydrocarbures dans dix ou quinze ans ? Il n'y a pas si longtemps, les adeptes de la théorie du « peak oil » lançaient des cris d'alarme, appelant à réagir face au déclin inéluctable des réserves d'or noir sur la planète. A plusieurs reprises, l'Agence Internationale de l'Energie alertait de même sur le ralentissement des investissements. Aujourd'hui la peur du « peak oil » a disparu. « Elle a été violemment repoussée par le boom du pétrole de schiste américain et par le ralentissement de la croissance de la consommation », explique Florent Maisonneuve, associé chez AT Kearney. Difficile en effet, alors que le pétrole est en situation de surproduction depuis 2014, d'imaginer retomber dans la pénurie.

Dans son dernier « Statistical Review of World Energy » publié fin janvier, BP a évoqué, chiffres à l'appui, un « monde d'abondance pétrolière ». Les réserves prouvées de pétrole dans le monde ont doublé en 35 ans, à 1.700 milliards de barils fin 2015, ce qui représente plus de 50 ans de consommation mondiale. Même sans grandes découvertes depuis quatre ans, elles ont progressé de 24 % entre 2005 et 2015. « Il y a de nombreux réservoirs désormais bien identifiés,

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dont le développement a été retardé ces deux dernières années, lorsque les compagnies ont réduit leurs investissements : de quoi assurer les besoins à moyen terme », explique Denis Florin, associé chez Lavoisier Conseil. « En outre, les réserves de pétrole non conventionnel, bien plus rapides à développer, pourront aussi jouer le rôle d'amortisseur en cas de besoin ». D'autant que dans ce domaine, d'importantes ressources ont été identifiées récemment.

Acquisitions et nouveaux contrats

De la même façon, les majors pétrolières ne sont plus jugées sur le niveau de leurs réserves. « Aujourd'hui, les investisseurs sont plus attentifs à la génération de cash flow », reconnaît Florent Maisonneuve. « Compte tenu de l'abondance des ressources disponibles, les marchés les évaluent sur leur capacité à en racheter à un coût acceptable ». Si elles ont maintenu en 2016 des taux de renouvellement de leurs réserves élevés (136 % pour Total, 109 % pour BP, 208 % chez Shell), c'est en l'occurrence bien davantage grâce à des acquisitions ou des nouveaux contrats qu'à des découvertes. Total a engagé plusieurs milliards dans des accords au Qatar, en Iran, au Brésil , en Ouganda . BP a obtenu une part dans une concession géante aux Emirats Arabes Unis. Shell a racheté la compagnie BG. Et ExxonMobil vient de payer 6,6 milliards de dollars pour doubler ses actifs dans le bassin du Permian (Texas) et au Nouveau Mexique, un deal qui lui permettra d'accroître ses réserves de 3,4 milliards de barils équivalent pétrole.

 

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