COMPRENDRE LE « BIG DATA »
 

Des racks de serveurs d'un «data center»

Big Data. Grosses données. Mais encore? Le concept de Big Data reste encore vague et mal compris en France. Pendant ce temps-là, dans la Silicon Valley, tout le monde sait bien que les données sont «le nouveau pétrole». François Lescalier s’est intéressé pour «Spécial Investigation» aux «nouveaux devins» dont le Big Data est la boule de cristal du 21e siècle.

Le Big Data, c’est simple. Première nouvelle! Il suffit de comprendre que chacun crée, à chaque instant, des données numériques. «Quand tu envoies un mail, utilises ta carte bancaire, passes devant des caméras… Tu crées des données numériques, explique François Lescalier. Le Big Data, c’est cette explosion de données, et la révolution numérique qu’est leur traitement, ultra-rapide, grâce à des supercalculateurs.»

Le Big Data, ce n’est pas que pour la NSA. En juin dernier éclatait le scandale Prism, le programme d’espionnage informatique mis en place par la NSA et révélé par Edward Snowden. Si la NSA nous espionne, c’est via les géants du Net, qui «captent tout», rappelle le documentaire. «Google, Facebook, Amazon et Apple détiennent 80% des données personnelles mondiales.» «A l’heure actuelle, Google en sait certainement plus sur la France que l’INSEE», lance François Lescalier. Des données revendues à des «data brokers», sociétés qui s’en servent pour de l’«analyse prédictive»…

Le Big Data, ça prédit l’avenir. Les données sont «raffinées». Pour anticiper vos besoins de consommateurs -la fameuse pub ciblée– mais pas seulement. En politique, la campagne d’Obama de 2008 est la première de l’histoire remportée grâce aux big datas, analysées pour cibler les électeurs indécis. La moindre trace d’opinion politique exprimée sur Internet et l’équipe frappait à votre porte pour vous rappeler pour qui voter. En sport, pour prédire les résultats d’un match. Distance parcourue, force de frappe, intensité des placages... Des algorithmes mettent les comportements des joueurs en équation. Nik Bonnadio est le devin n°1 du secteur. Dans la police, aussi. A Memphis, le logiciel «Blue Crush», supercalculateur de toutes les données sur la criminalité de la ville, indique où et quand les crimes ont le plus de chances d’être commis.

Le Big Data, ça a du bon. Toute notre existence traduite en chiffres: il y a de quoi devenir fou. Mais le Big Data s’applique aussi dans la santé, la prévention des conflits sociaux. «On dit souvent Big Data, Big Brother. Mais en fait, c’est Big Mama. Une maman bienveillante qui, si elle veut, peut s’énerver… Une révolution technologique dont on peut, comme souvent, détourner l’utilisation», note François Lescalier. Surtout, le Big Data, c’est de l’emploi. Selon Gartner, les «big data» devraient créer 4,4 millions d'emplois dans le monde d'ici à 2015.

Face au Big Data, la France est larguée. «La France a mis du temps à prendre conscience de cette révolution. Elle touche bien sûr les Etats-Unis en premier car ils ont les grands groupes détenteurs de données. Mais on a un retard technologique, en même temps qu’une naïveté», note François Lescalier. Les manif anti-NSA n’ont rassemblé presque personne à Paris. Les mentalités sont aussi différentes. «Un Américain ne va pas se sentir agressé face à des pubs ciblées -son rapport au marketing est plus positif- mais il n’accepte pas d’être surveillé par le gouvernement alors qu’il n’a rien à se reprocher. En France, on est très parano sur le côté business, moins sur la surveillance d’Etat.»